lundi 25 mars 2013

Sukkwan island de David Vann


Jim a connu de nombreux échecs dans sa vie, divorcé et séparé à plusieurs reprises, il connait peu ses enfants et notamment Roy, son fils de 13 ans. Afin de prendre un nouveau départ et malgré les réticences de son ex-femme, il décide d'aller s'installer, avec son fils, sur une île inhabitée pendant un an. Munis de quelques caisses de nourriture, d'une radio et du matériel de survie indispensable, père et fils débarquent sur Sukkwan island. Ils s'installent dans la cabane que Jim y a acheté et se rendent vite compte que tout ne sera pas aussi simple que ce qu'ils avaient imaginé. L'hiver s'annonce long et rude, chacun s'attelle à sa tâche, couper du bois pour se chauffer, pêcher et chasser pour faire des réserves de nourriture. Mais ce qui était censé rapprocher père et fils ne fait que les séparer un peu plus. Jim est rattrapé par ses vieux démons et se confie avec brutalité et égoïsme à Roy. Le jeune garçon supporte difficilement cette situation et l'ambiance devient de plus en plus pesante sur l'île. Leurs conditions de vie tout comme leur relation se détériorent jusqu'au drame...

Deux romans, deux îles désertes en Alaska, il semblerait que le thème soit cher à l'auteur. Il est vrai que les grands espaces isolés où la nature règne encore en maître est propice à l'observation, à l'étude des comportements humains jusque dans leurs moindres instincts primitifs. Et l'on peut dire que David Vann est maître dans l'art de disséquer les actes et les pensées de ses personnages. Il parvient, sans difficulté, à installer une atmosphère lourde et malsaine aussi bien dans la cabane de Jim et Roy que sur notre canapé. Sur un rythme lent mais parfaitement maîtrisé, chaque élément trouve sa place et nous entraîne au cœur d'un Alaska à la fois somptueux et dangereux.

Sukkwan island de David Vann aux éditions Gallmeister, 8,70€.

dimanche 24 mars 2013

La vie de Régis de Sa Moreira


C'est très compliqué de vous parler du dernier livre de Régis de Sa Moreira puisqu'il ne ressemble à aucun autre. La vie est un petit ovni littéraire, un exercice de style très intéressant. On y passe d'un personnage à un autre à chaque paragraphe, c'est-à-dire environ toutes les quatre lignes. Au départ, c'est assez déstabilisant, ici, pas question de s'attacher aux personnages ni de suivre une histoire avec un début et une fin. Lire La vie ressemble plutôt à une sorte de jeu où l'on tente de deviner à l'avance par quel lien Régis de Sa Moreira parviendra à unir deux de ses personnages. Il s'agît parfois d'un sourire, d'un regard, parfois même d'une pensée ou d'une phrase échangée. On apprécie l'originalité mais bien qu'il soit très court, c'est un livre à ne pas lire d'une traite au risque de le trouver un peu rébarbatif. Régis de Sa Moreira va à l'essentiel pour pouvoir dérouler cette histoire et on se prend au jeu, on se demande, une fois le livre terminé, si l'on va être capable de remonter le fil en sens inverse. Le plus simple finalement, c'est de le lire pour se faire une petite idée!



La vie de Régis de Sa Moreira aux éditions Au diable vauvert, 15€.

Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan



Présentation de l'éditeur:


« La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire. 
La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence. 

Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. » 
Dans cette enquête éblouissante au cœur de la mémoire familiale, où les souvenirs les plus lumineux côtoient les secrets les plus enfouis, ce sont toutes nos vies, nos failles et nos propres blessures que Delphine de Vigan déroule avec force.


Du début à la fin, nous sommes fascinés par l'histoire tragique de cette famille, par l'agencement de ce roman, entre récit et questionnements. Delphine de Vigan parvient à associer ce qui vient du cœur, ce qui prend aux tripes mais également ce que la raison nous pousse à interroger. On voudrait le lire d'une traite mais il faut pouvoir encaisser ce qui nous arrive en pleine face. Attention, pas de pathos dans ce livre mais des drames, des non-dits, des émotions qui remuent, qui dérangent. Mais n'est-ce pas ce qu'on attend d'un livre? On se dit aussi qu'il a fallu une force incroyable pour écrire ce roman et pour en transmettre son histoire. On referme le livre, soufflé... Un véritable coup de cœur. 


Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan aux éditions JC Lattès,  19,30€.

Les merveilles de Claire Castillon


1er mai, jour du muguet. Evelyne, 12 ans, voit sa vie basculer lorsque son père ne supportant plus les critiques des voisins contre Lulu, le chien de la famille, attache l'animal à l'arrière de la voiture et roule sans regarder en arrière. Lulu est entre la vie et la mort et Evelyne commence à entendre des cloches. Ces cloches déclenchent chez la jeune fille des accès de violence, notamment contre sa mère qui n'en sortira pas indemne. Son père, il n'en est plus question si ce n'est pour rencontrer Joe, un ami de celui-ci. Evelyne a 13 ans, prétend en avoir 17, lorsqu'elle couche avec lui. Dès lors, la sexualité prend une place très importante dans sa vie. Quelques années plus tard, elle se marie avec Luigi, pizzaïolo et devient mère d'un "enfant-veau" comme elle le dit si bien avec son langage cru, son franc parler et ses cloches qui ne s'éloignent jamais très loin. Pour son mari, elle est employée dans une usine mais dans la vraie vie, elle est escort-girl. Elle jongle entre sa famille, son travail et son nouvel amant, un homme qu'elle admire pour son intelligence.



Claire Castillon dérange et perturbe de manière admirable avec ses phrases choc et sa manière si particulière de faire vivre ses personnages. Il faut tout de même avoir le cœur bien accroché pour supporter certaines scènes à la limite du soutenable. Mais c'est également ce qui en fait un roman d'une grande force. Les merveilles, c'est un livre qu'on n'a pas l'habitude d'avoir entre les mains et dont on garde une trace pendant longtemps. 

"Le lendemain, c'est dimanche, la messe avec les cloches, dieu vivant aux commandes, qui donne du carillon pour m'amplifier. Dans mes oreilles, je suis assez haute fidélité et c'est comme si j'avais des baffles, mais là, je me retrouve pas."

Les merveilles de Claire Castillon aux éditions Grasset, 18€.

Sans nouvelles de Gurb d'Eduardo Mendoza






Voici le récit complètement déjanté de deux aliens en mission de repérage sur terre! Gurb, qui prend l'apparence de Madonna pour se fondre dans la masse, disparaît dans la voiture d'un inconnu dès les premières lignes. Commence alors pour son acolyte un long parcours pour le retrouver. Un récit hilarant du début jusqu'à la fin. Un pur délice.







Sans nouvelles de Gurb d'Eduardo Mendoza aux éditions Points, 5,20€

Les heures silencieuses de Gaëlle Josse





 
 
 Inspirée par le tableau du peintre De Witte, Gaëlle Josse nous raconte l'histoire de cette femme que vous apercevez de dos sur la couverture du livre. Elle s'appelle Magdalena Van Beyeren et nous fait partager son journal intime. Elle y évoque son enfance, sa famille, son mariage mais également le monde maritime, celui de la compagnie des Indes hollandaise où son père et son mari travaillent. Elle nous livre également les évènements qui ont marqué sa vie, ses doutes, ses frustrations, ses désirs les plus intimes.

Tout en finesse, Gaëlle Josse nous embarque dans la vie de cette femme qui transformera à jamais notre regard sur ce tableau. Les mots sont justes, empreints de poésie. Une révélation.

 
 
 
"A l'heure où mes jours se ternissent comme un miroir perd son teint, le besoin de m'alléger de ce qui m'emcombre devient plus fort que tout. Je garde l'espoir, naïf peut-être, qu'un tel aveu sera comme l'amputation d'un membre inguérissable qui, pour douloureuse qu'elle soit, permet de sauver le reste du corps."[...]
 
 
Les heures silencieuses de Gaëlle Josse aux éditions Autrement, 13€.

Nos vies désaccordées de Gaëlle Josse






François Vallier est un pianiste à la renommée internationale. Parcourant le monde de salle en salle, il vit pour son instrument et sa musique. Lorsqu'il apprend par l'intermédiaire d'un fan que Sophie, l'amour de sa vie, est internée dans un hôpital psychiatrique du sud de la France depuis trois ans, il plaque tout sans se poser de questions. Il annule tous ses engagements et prend la route pour la retrouver. Dans l'attente de la revoir, il se confronte à son passé et nous fait revivre leur rencontre, leur histoire passionnée parfois chaotique et les circonstances dans lesquelles il a disparu de sa vie.




Après la découverte de l'univers de Gaëlle Josse et de son premier roman Les heures silencieuses (à lire d'urgence pour ceux qui seraient passés à côté), l'auteur nous plonge cette fois dans une époque plus contemporaine. Dans Nos vies désaccordées, Gaëlle Josse aborde des thèmes très intéressants tels que la maladie mentale, la culpabilité et l'abandon. Elle fouille l'âme de ses personnages et déroule son histoire avec beaucoup de finesse. Une fois de plus, Gaëlle Josse parvient à nous toucher!


Nos vies désaccordées de Gaëlle Josse aux éditions Autrement, 13€.